Le pouvoir du silence
De la recherche en neurosciences aux pratiques contemplatives, le silence apparaît comme un langage universel reliant deux mondes longtemps opposés.
Comment retrouver le calme dans un monde anxiogène ?
Il existe un langage plus ancien que les mots. Un espace qui précède toutes nos phrases et dans lequel nos pensées retrouvent leur source.
Cet espace, c’est le silence.
Pourtant, dans notre époque saturée de sons, de messages et de sollicitations, le silence semble avoir disparu. Voire pire : il nous fait peur. Nous avons appris à le combler aussitôt qu’il se présente, comme si le vide risquait de nous avaler. Or, pour les traditions spirituelles, chez les grands mystiques, tout comme désormais pour les sciences modernes, le silence est tout, sauf vide.
Cet humble et court article est une invitation à réapprendre à l’habiter.
1- Le silence, racine de toutes les traditions spirituelles
Dans les déserts de l’Égypte du IVᵉ siècle, les Pères du désert se retiraient du tumulte du monde pour chercher Dieu dans le silence. Abba Arsène, l’un des plus connus, disait :
« Souvent j’ai parlé et je l’ai regretté. Mais de garder le silence, jamais. »
Pour les moines cisterciens, le silence est un vœu implicite. Non par contrainte, mais pour « écouter avec l’oreille du cœur » comme l’écrivait saint Benoît. Dans les monastères, il ne s’agit pas de fuir le bruit seulement, mais d’écouter une voix plus subtile, celle qui ne se révèle que dans le calme profond.
En Orient, la tradition bouddhiste fait du silence un chemin vers l’éveil. Le Bouddha enseignait que « le Noble Silence » est la réponse la plus juste lorsque les mots ne peuvent que diviser ou obscurcir.
Les yogis de l’Himalaya pratiquent le mauna, un silence volontaire, non pour s’isoler, mais pour purifier la parole intérieure avant qu’elle ne se manifeste en mots.
Un grand maître bouddhiste réalisé, Mipham Rinpoché (1846-1912), faisait le souhait suivant :
« Puisse ma parole demeurer rare. Qu’il ne s’élève que des questions vraiment importantes sur le sens des instructions de la voie. Et que jamais elle ne se répande en bavardages inutiles ».
Le soufisme voit le silence comme une étape de la fanā, l’effacement du moi.
Rûmî écrivait : « Laisse le silence te parler des secrets de l’univers.»
Des milliers de référence spirituelles et mystiques sont disponibles à propos du silence. À travers toutes ces voies, un même fil apparaît : le silence n’est pas un retrait du monde, mais un retour à sa source.
2- Le silence vu par la science moderne
Les neurosciences confirment ce que les sages pressentaient depuis des siècles : le silence n’est pas une absence de stimulation, mais une stimulation différente, régénératrice.
En 2015, des chercheurs de l’Université de Duke ont montré que deux heures de silence par jour favorisent la neurogenèse [1] dans l’hippocampe, zone clé de la mémoire et de l’apprentissage. Ce phénomène est absent lorsque les sujets sont exposés à de la musique ou à des bruits continus.
Le silence réduit les niveaux de cortisol, l’hormone du stress, et restaure la variabilité cardiaque, indicateur de résilience physiologique. C’est un reset pour le système nerveux.
Il a même un effet perceptif : une étude publiée en 2023 dans « Proceedings of the National Academy of Sciences » montre que notre cerveau « entend » le silence comme un événement distinct, au même titre qu’un son. Il ne s’agit donc pas d’un vide, mais d’une expérience sensorielle à part entière.
On peut lire, dans un article de cette même agence (Time) : « Dans toutes les disciplines, des neurosciences à la psychologie en passant par la cardiologie, il existe un consensus croissant sur le fait que le bruit constitue une menace sérieuse pour notre santé et nos fonctions cognitives. Et que le silence est vital, en particulier pour le cerveau. »
« Des études d’imagerie fonctionnelle indiquent qu’essayer d’entendre en silence active le cortex auditif. C’est une notion simple mais puissante : « essayer d’entendre en silence » peut manifestement accélérer la croissance de précieuses cellules cérébrales. Cet acte d’écouter dans le silence peut, en soi, enrichir notre capacité à penser et à percevoir. », ont-ils écrit. [2]
Et si ce rapprochement entre spiritualité et science moderne nous invitait à goûter au silence ?
C’est en tous cas ce que semble avoir intégré de nombreuses entreprises performantes.
3- Le silence dans la société et l’entreprise
Il y a quelques années, certaines entreprises ont compris que le silence n’est pas une perte de temps, mais une ressource stratégique. Des séminaires en monastère, des retraites méditatives, ou même des « réunions silencieuses » (où l’on lit et écrit ses idées avant d’en parler) sont apparus comme des innovations… alors qu’elles ne font reprendre simplement que des pratiques millénaires !
Des dirigeants comme Ray Dalio (Bridgewater Associates) intègrent la méditation silencieuse dans leur routine quotidienne. En Californie, certaines start-up imposent des plages horaires sans emails ni réunions, afin de préserver des « zones de réflexion profonde ».
De nos jours, dans un monde obsédé par l’efficacité, c’est souvent le silence qui permet les percées les plus fécondes. N’est-ce pas un paradoxe ?
4- Les bénéfices du silence : bien plus que du repos !
Le silence n’est pas seulement apaisant, il est transformateur. Il a de nombreux effets profond notables sur le corps et l’esprit. En voici quelques-uns, entre science et intériorité :
4-1. Réduction du stress
Science : baisse du cortisol et activation du système nerveux parasympathique.
Intériorité : apaise le tumulte mental et ramène un sentiment de paix intérieure.
4-2. Amélioration de la concentration
Science : réduction des distractions, meilleure mémoire de travail.
Intériorité : capacité à être pleinement présent et attentif, sans se disperser.
4-3. Régénération du cerveau
Science : stimulation de la neurogenèse et de la plasticité cérébrale.
Intériorité : impression de clarté et de grande ouverture, diminution des pensées nuisibles, superflues voire néfastes.
4-4. Amélioration du sommeil
Science : favorise l’endormissement et un sommeil réparateur.
Intériorité : conduit à un lâcher-prise qui apaise l’esprit avant la nuit.
4-5. Baisse de la tension artérielle
Science : régulation cardiovasculaire et diminution de l’hypertension.
Intériorité : sensation d’allègement, d’ouverture du cœur et de relâchement global.
4-6. Meilleure gestion des émotions
Science : régulation du système limbique, moins de réactivité impulsive.
Intériorité : recul face aux émotions, ouverture à l’acceptation et à la sérénité.
4-7. Développement de l’écoute et de l’empathie
Science : amélioration des capacités relationnelles par l’attention accrue.
Intériorité : écoute bienveillante de soi et des autres, perception subtile au-delà des mots.
4-8. Renforcement du système immunitaire
Science : réduction du stress chronique et amélioration de l’immunité.
Intériorité : énergie intérieure fluide, sentiment de vitalité et de force.
4-9. Renforcement de la résilience face au bruit et au chaos
Science : réduction de la sensibilité au stress environnemental, amélioration de la capacité d’adaptation dans des environnements bruyants ou changeants.
Intériorité : stabilisation intérieure, une force tranquille qui permet de rester centré et équilibré même au cœur des turbulences de la vie.
4-10. Connexion intérieure et dimension spirituelle
Science : activation des zones cérébrales liées à la méditation et au bien-être.
Intériorité : expérience d’unicité, sentiment de reliance avec le vivant.
5- Quand le silence devient une épreuve
Le silence peut aussi être douloureux. Par exemple, lorsqu’il est imposé par l’isolement, le conflit, la peur. Cela n’a pas la saveur du silence choisi. Il enferme au lieu de libérer.
En psychologie, on parle de « silence négatif » lorsque l’absence de communication devient une arme ou un symptôme (dans le repli dépressif, par exemple). Ce silence-là n’apaise pas : il alourdit.
Le danger, dans notre monde hyperactif, c’est que beaucoup ne découvrent le silence qu’à travers un burn-out ou un effondrement physique : un silence forcé, où le corps coupe tout pour survivre.
C’est pourquoi il est vital de faire du silence un allié volontaire, avant qu’il ne devienne une réponse brutale à notre hyperactivité.
6- Retrouver un espace
Mais le silence n’est pas un luxe réservé aux seuls ermites (sachant que pour ces derniers, le silence n’est qu’un moyen habile, un outil sur la voie de la libération de toutes souffrances).
Il est accessible à chacun, pour peu qu’on le cherche activement.
Le silence vous fait peur ?
Alors vous pouvez mettre en place quelques routines efficaces qui ne sont pas des “exercices spirituels” et qui sont d’une simplicité déconcertante : ce sont des gestes quotidiens qui créent des « îlots de silence », dans lesquels chacun peut se ressourcer, retrouver une attention fine et donner de la profondeur à la vie ordinaire. Une manière de se réapproprier un espace personnel intime et d’aller au-delà de cette peur du silence.
Voici 10 routines de silence pour la vie quotidienne
1. Commencer la journée en silence
Avant d’allumer le téléphone, prenez 5 minutes assis en silence. Observer votre respiration, la lumière du matin, ou écoutez les bruits lointains.
2. Durant une pause café/thé
Chaque jour, savourez une boisson sans parler, sans lire, sans écran. Juste goûter et respirer.
3. La marche silencieuse
Marchez 10-15 minutes sans musique ni podcast, simplement à l’écoute des sons ambiants et du rythme de vos pas… voire plus si affinité !
4. Silence des transitions
Avant de passer d’une activité à une autre (ex. sortir de chez soi, rentrer du travail, commencer à cuisiner), marquez 1 minute de silence.
5. Repas silencieux (un par semaine)
Partagez un repas en famille ou seul sans télévision, téléphone ou parole inutile. Se concentrer sur la nourriture, les gestes, la présence.
6. Couper les écrans 30 minutes avant le coucher
Accordez-vous un sas de silence numérique le soir : pas de notifications, pas de flux. Lire, respirer, écrire, ou simplement s’asseoir en silence.
7. L’instant fenêtre
Ouvrez une fenêtre (ou sortir sur un balcon) et rester 2 minutes en silence, à observer le ciel, les arbres, la rue, ce qui se déploie, sans jugement ni élaboration d’aucune sorte.
8. Écoute silencieuse
Dans une conversation, pratiquez une écoute sans interrompre. Laissez de l’espace, ne pas combler les silences : accueillez l’autre.
9. En transport
Sur un trajet (bus, métro, voiture), renoncez une fois par jour à la musique, à la radio ou au téléphone. Offrez au cerveau une “bulle de calme”.
10. Clôturer la journée par 3 respirations silencieuses
Avant de dormir, éteignez la lumière, fermez les yeux, puis prenez 3 profondes inspirations et expirations en silence. Déposez-vous dans le calme qui s’ensuit.
C’est simple, efficace.
Testez, vous m’en donnerez des nouvelles !
Évidemment, cela ne fonctionne que si vous les mettez en œuvre !
Car, comme l’a dit Christophe André, célèbre médecin psychiatre et psychothérapeute français :
« Dix minutes de méditation par jour sont nécessaires à tout le monde. Sauf pour les gens qui n’ont pas le temps. Eux doivent méditer au moins une demi-heure. »
En guise de conclusion
Le silence est un espace d’accueil. On y dépose le poids du bruit pour retrouver la densité du présent.
Qu’il soit chemin spirituel, remède scientifique ou outil de transformation personnelle, il nous relie à ce que nous avons de plus profond.
Peut-être qu’au fond, retrouver le silence, c’est simplement retrouver le monde.
Pour aller plus loin
Si cet article résonne en vous, découvrez notre nouvelle édition, « Fragments sans début ni fin », un voyage poétique et mystique au cœur de cet espace intérieur écrit par Sōliam, un chercheur de sens.
Le silence, au fond, ne demande pas un lieu particulier, mais une disposition intérieure. C’est cette disposition que cultive cette nouvelle collection, dont LE SILENCE est le premier tome : une invitation à s’asseoir, à écouter et laisser advenir.
Pour en savoir plus, consultez « POUR ALLER PLUS LOIN » ci-dessous
__________________________________________________________________
[1] La neurogenèse est un phénomène se produisant en petite quantité dans notre cerveau, plus particulièrement au niveau de l’hippocampe, la structure cérébrale principalement impliquée dans la mémorisation. Il se traduit par la création de nouveaux neurones et n’est pas limité aux individus les plus jeunes. (extrait de l’article « Étude sur la neurogenèse, ou le rajeunissement du cerveau » de France Alzheimer du 31 mai 2022
[2] Je vous invite à lire cet article (en anglais) vraiment complet et des plus instructifs : Comment l’écoute du silence modifie notre cerveau
POUR ALLER PLUS LOIN
Les éditions « En quête du bonheur »
sont heureuses de vous présenter leur nouvelle édition (septembre 2025)
LES VEILLEURS DE L’ATEMPOREL – TOME I – LE SILENCE
Ni traité, ni récit, ni roman, cet ouvrage se lit comme on écoute un feu crépiter ou une rivière s’écouler : sans chercher de leçons, mais en laissant s’ouvrir des portes intérieures.
Pour celles et ceux en quête de silence, de méditation et de profondeur : à parcourir un pas après l’autre, à laisser ouvert sur une table, pour y revenir encore.
Parce qu’au détour d’une page, c’est peut-être vous-même que vous rencontrerez.
Un livre rare et silencieux, à ouvrir dans la solitude du moment présent.
Voir la page de présentation
Commander directement depuis Amazon France
en cliquant sur l’image ci-après
Une toute nouvelle collection intitulée
Ce site n’appartient pas à Facebook et n’est pas affilié à Facebook Inc.
Le contenu de ce site web et de ces pages n’a pas été vérifié par Facebook – Facebook est une marque déposée de Facebook Inc.
- Le pouvoir du silence, entre science et sagesse - 28 août 2025
- Ce Que Les Mots Veulent Dire - 28 avril 2025
- CHEVAL ET LIBÉRATION - 17 janvier 2025